02 juin 2017

Médée, d’Euripide

Adaptation de Jean-Dominique Hamel et mise en scène de Nathalie Hamel.
Avec  Nathalie Hamel, Joanna Rubio, Eric Veiga, Charlotte-Rita Pichon, Jean Marzouk, Alain Michel, Alain Bonneval, Dominique Vasserot, Yves Jouffroy, Véronique Multon, Delphine André, Hélène Robin, Charlotte Le Bozec, Florence Fontaine, Esther Segal.
Excellente adaptation française d'un célèbre classique grec d'Euripide (431 avant J.C.). Le texte en alexandrins restitue parfaitement l’original grec, lui gardant par son rythme une cadence proche de la diction antique. Ainsi scandé il garde ce pouvoir cathartique essentiel qu’avait le théâtre antique.
Nous sommes donc en plein tragique grec où l’intrigue est tumultueuse, les personnages nombreux et l’histoire elle-même compliquée. De surcroît, nous avons là une des pièces les plus pathétiques d’Euripide. L'intrigue se passe à Corinthe où Médée voit son époux Jason l’abandonner pour épouser la fille du roi Créon. Folle de jalousie elle cherche une façon de le punir et envoie à Créuse sa nouvelle épouse une robe empoisonnée qui atteint son but, mais tue également le roi Créon qui avait étreint sa fille. Assurée de l’hospitalité du roi d’Athènes Egée, Médée tue aussi ses deux enfants, laissant Jason seul.
On ne manquera pas de remarquer que cette histoire, tout bien considéré, est très moderne et que les massacres familiaux ne sont pas rares aujourd’hui. Quand est absente ou que s’estompe l’ombre d'un Sauveur, l’homme se retrouve nu et esclave de toutes ses passions.
La mise en scène est d’une sobriété qui s’allie bien à cette petite salle si étrange. On appréciera le thème musical retenu et la gestuelle gracieuse du coryphée. Les costumes à l’antique sont infiniment plaisants et l’emploi d’un petit masque porté par tous les comédiens fascine. Le jeu, inspiré, nous transporte dans un monde qu’on pourrait qualifier d’onirique s’il n’était pas d’abord trop humain. On appréciera également la concision du texte qui en fait un spectacle intense.
Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du faubourg Montmartre, Paris 9ème. Jusqu’en octobre. Réservations : 01 47 70 32 75.

15 mai 2017

Histoire du soldat, de Ramuz et Stravinskiy

Mise en scène Stéphane Bruet, avec Claude Aufaure, Licinio Da Silva, Fabian Wolfrom et Aurélie Loussouarn. Et l’Orchestre-atelier Ostinato.

Un jeune soldat qui rentre chez lui en permission rencontre le diable et lui vend son violon – c’est à dire en fait son âme – contre un livre qui prédit l’avenir et qui devrait le rendre très riche, croit-il. Sa nouvelle condition d’homme libre et fortuné finira-t-elle par lui être fatale? La pièce est issue d’une amitié nouée entre le compositeur russe Igor Stravinsky et le poète suisse Charles Ferdinand Ramuz à la fin de la première guerre mondiale. Le thème assez faustien provient d’un conte populaire russe d’Afanassiev. Sept comédiens tous musiciens et leur chef sont présents sur scène chacun avec un instrument différent dont il jouera tout au long de la pièce. Pièce qui est ce que l’on appelle un mimodrame, une musique de scène en forme de mélodrame. La musique emballante compense l’absence de décors. Tardivement dans le déroulement de la pièce, une femme à la beauté éclatante fait une apparition courte et remarquable. Elle danse à merveille. Les jeunes et beaux comédiens, en plus d’être excellents musiciens, restituent l’atmosphère des petits théâtres ambulants que l’on trouvait dans nos campagnes, sans grands divertissements artistiques à l’époque. Le metteur en scène ne se cache pas d’avoir favorisé une ambiance foraine. Mini-théâtre comme son nom l’indique, le théâtre de Poche nous a habitué à une programmation de grande qualité et ce spectacle ne déroge pas à cette règle. Le public subjugué avait peine à revenir à lui, et ce sera votre cas. Offrez-vous vite un moment jubilatoire et ne manquez pas d’en avertir votre entourage.
Théâtre de Poche-Montparnasse, 75 boulevard du Montparnasse, Paris 6ème. Jusqu’au 16 juillet, du mardi au samedi à 21h et dimanche à 15h. Réservations : 01 45 44 50 21.

12 avril 2017

Marie-Antoinette correspondances privées, d’Evelyne Lever.

Mise en scène de Sally Micaleff, avec Fabienne Périneau.
A jardin un fauteuil, à cour une chaise et une table sur laquelle il y a de quoi écrire, bien sûr à l’ancienne. La comédienne se déplacera continuellement de droite à gauche ou bien se posera au milieu. Elle porte une robe blanche avec dentelles, cheveux pendants, à peine apprêtée. Fabienne Périneau interprète notre dernière reine embastillée à la veille de connaître un destin tragique, la Révolution ayant décidé sa mort. Seule liberté qui lui est accordée, elle peut écrire à des correspondants dont nous ne savons rien. Elle dévoile son intimité quotidienne, et nous livre ce qui ne constitue que des anecdotes de sa vie de femme, de mère et de reine à la cour de France. Elle évoque le roi, les fils qu’elle a donné à la couronne, sa rencontre avec le comte de Fersen qui l’a troublée, et son implication progressive dans les affaires de l’Etat. Ecrit comme un feuilleton télé, la pièce n’en est pas une. Il manque une intrigue vraie susceptible de capter l’attention du spectateur. On a une succession d’évènements auxquels il manque ce qui pourrait exciter l’esprit. Fabienne Périneau semble avoir choisi de jouer son rôle a minima se contentant de nous livrer un cours d’histoire très scolaire. Le Lucernaire a fait un choix qui nous déçoit.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND des Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 7 mai du mardi au samedi à 18h30 et le dimanche à 16h. Réservations : 01 42 22 66 87.

26 mars 2017

Les misérables, de Victor Hugo

Adaptation et mise en scène de Manon Montel, avec Dov Cohen , Stéphane Dauch, Claire Faurot, Jean-Christophe Frèche, Xavier Girard, Cécile Génovèse, Manon Montel, Léo Paget, François Pérache et Anatole de Bodinat.
Seuls huit de ces comédiens selon la distribution de la soirée interviennent dans chaque représentation et ne se retrouvent ensemble sur scène qu’au salut. Il n’en fallait pas moins pour servir cette œuvre de Victor Hugo aussi touffue et composite qu’ambitieuse et qui n’est en définitive qu’une compilation de romans. Entouré de rideaux noirs, le plateau n’a pour décor que des bancs plus ou moins grands et confortables recouverts de tissu. Eclairages troublants mélangeant de temps à autres spots et lasers et dessinant sur les rideaux du fond, de jardin à cour, des volutes aux formes de calligraphie enfantine. Pour marquer les changements d’époques des fumigènes inondent la scène étourdissant au passage les spectateurs. La pièce est composée de multiples épisodes où parfois deux comédiens se confrontent, ou se font des aveux touchants, voire perturbants. Tout commence avec Madame Thénardier, comédienne et accordéoniste qui sera la narratrice de la pièce. On suivra la saga de Jean Valjean à la fois emblème universel de l’Homme en quête de rédemption et figure attachante du père. Autour de lui et de Cosette sa fille gravitent l’impitoyable policier Javert, la victime Fantine et ses bourreaux Thénardier, son amoureux Marius et le célèbre gamin de Paris Gavroche joué par une fille et symbole d’une certaine classe sociale de l’époque.
Tous ces personnages constituent en effet les éléments d’une thèse très influencée par les doctrines humanitaires et socialistes de Cabet et Proudhon. Hugo plaide la cause de ceux que la société méprise et dont on pourrait lui imputer les crimes. Une véritable saga inscrite dans un XIXème siècle riche en bouleversements politiques et sociaux.
On saura gré à toute cette équipe de si jeunes comédiens de réussir une synthèse particulièrement bien condensée des effervescences hugoliennes. Un père et grand-père Hugo qui malgré ses évolutions politiques contestables, reste un géant littéraire.
Théâtre du Lucernaire, 54 rue N-D des Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 7 mai. Du mardi au samedi à 20h et dimanche à 18h. Réservation : 01 45 44 57 34.

08 mars 2017

Stavanger, d'Olivier Sourisse

Mise en scène de Quentin Defalt, avec Sylvia Roux et Thomas Lempire.

Qu’évoque pour vous Stavanger ? Un patronyme, un pays ? Une localité improbable du Sud-Ouest de la Norvège ensevelie une bonne partie de l’année sous la neige, mais qui n’aura pratiquement rien à voir avec la pièce.
Une démarche onirique où un homme et une femme au départ totalement étrangers vont s’acheminer vers des re-trouvailles dont on ne saura jamais si elles relèvent de la réalité ou d’une de ces curieuses occurrences qu’offre parfois l’existence. Récupéré sur une voie de chemin de fer où couché il attendait la mort, Simon est conduit par Florence à son domicile. Va s’engager alors un étrange dialogue bien conduit mais parfaitement inracontable. La mise en espace se situe entièrement dans l’habitation de Florence. La simplicité des lumières contribue grandement à créer une atmosphère inquiétante qui convient parfaitement aux échanges souvent glaciaux des protagonistes. Toute la pièce se singularise par une absence totale de chaleur et de véritable affection. Le texte est d’une langue classique mais parfois ponctué de mots un peu trop crus. Comme souvent aujourd’hui une sexualité affichée formate leurs cogitations par ailleurs sérieuses et originales. On aimera la conclusion un peu mystérieuse mais d’une vraie poésie.
Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles,  Paris 17ème ; jusqu’au 19 mars, du mardi au samedi à 21h et dimanche à 15h. Réservations : 01.42.93.13.04.

02 mars 2017

L’amante anglaise, de Marguerite Duras

Avec Judith Magre, Jacques Frantz et Jean-Claude Leguay.

Le Lucernaire était plein ce soir-là d’amoureux de Marguerite Duras dont ils appréciaient le fait qu’il n’y ait que trois personnages sur la scène. Deux au départ, des messieurs fort en gabarit, auxquels se joint délicatement une dame qui pour son âge parle encore avec une voix divine, commentant avec répartie tout ce qu’ils disent. A peine prend-elle la parole que ceux-ci deviennent de simples figurants de l’action. Malgré leur imposante stature ils s’effacent bien vite sous le flot des propos qu’elle leur bombarde à tout va sur la menthe, cette plante verte qui offre des vertus si bienfaisantes. Et là vous devinez qu’on ne parle évidemment ni d’amant ni d’amante ! L’un de ces deux messieurs est un interrogateur du genre policier, détective chevronné qui aimerait lui faire dire des choses dont elle n’a rien à faire, et de fait il n’obtiendra rien. L’autre du même acabit est son mari. Tous les deux cherchent en vérité à la faire parler d’un crime dont elle est fortement soupçonnée et dont on aimerait connaître la raison. Cette pièce trouve son origine dans un fait divers où une femme tue sans aucun motif connu. Pas facile d’avoir à faire à une pareille créature. On voudrait l’amener à parler de son acte, cependant elle oriente habilement la conversation sur la ‘menthe anglaise’. Mais pourquoi ?
La mise en scène est simplissime. Au centre la dame est assise, en raison de son âge sans doute. De part et d’autre les deux limiers du genre inquisiteur se concertent sur l’orientation de leurs questions et tentent d’interpréter les réponses fulgurantes qu’elle leur assène, les laissant plutôt pantois. La dame répond du tac au tac. Judith Magre est époustouflante dans un tel rôle. Difficile de dénouer le mystère que cette femme entretient systématiquement. Dans un décor sobre, la mise en lumière souligne la façon dont est conduit ce faux entretient et les circonlocutions dans lesquelles s’enferment les protagonistes.
Menée de bout en bout comme une pièce policière avec intrigue, vous serez captivés et au final vous applaudirez debout et à tout rompre, avec un public comblé.
Théâtre du Lucernaire, 53 rue ND-des-Champs, Paris 6ème. Jusqu’au 9 avril, du mardi au samedi à 19h et dimanche à 15h. Réservations : 01 42 22 66 87.

31 janvier 2017

Oncle Vania, d’Anton Tchekhov

Mise en scène : Philippe Nicaud. Distribution : Marie Hasse, Céline Spang, Fabrice Merlo, Philippe Nicaud, Bernard Stark.

Tchekhov ? Vous pensez peut-être La Cerisaie, d’abord mais aussi bientôt Oncle Vania que le théâtre Essaïon nous propose dans sa salle voûtée souterraine au charme fou et à sa scène toute petite. Ce qui fait que la demi-douzaine de personnages y sont à touche-touche et qu’ils font mine de ne rien entendre de ce que disent leurs voisins. Quelques chaises, une table, et le joueur de guitare assis sur scène côté cour. Son talent vous ravira et sa musique vous emportera. Qu’est-ce qu’un oncle pour vous ? Souvent il fait office de parrain et c’est le cas de Vania. Peu causant mais très à l’écoute, notre personnage recueille toute sorte de confidences. Les dames sont très touchantes lorsqu’elles évoquent leur vie de famille plus que difficile. Les messieurs sont d’une jeunesse permanente et discourent de leurs états d’âme. Parfois le ton hausse. Les altercations se font fréquentes, façon russe, à la gestuelle très expressive. Puis tout s’apaise. Oncle Vania, professeur de son état, accompagné de Sonia son épouse sont de retour dans leur résidence campagnarde où ils retrouvent la vie de famille provinciale. Ces retrouvailles donnent lieu à des échanges multiples sur tout et rien à la fois.
Le soir de la générale de presse il y avait foule : amis de la troupe, journalistes et comédiens. La salle était archibondée. Nous avons assisté à une première plus que réussie ; cela s’entendait dans la salle aux commentaires échangés. Cette pièce a été présentée au festival d’Avignon dans une salle forcément plus grande et ce fut un succès. Elle s’adapte néanmoins parfaitement à l’Essaïon et c’est là aussi une vraie réussite.
Essaïon Théâtre, 6 rue Pierre au Lard, Paris 4ème. Jusqu'au 19 mars, les jeudis à 19h30 et dimanches à 18h. Réservations : 01 42 78 46 42.

10 décembre 2016

Figaro, j’aurais mieux fait de rester coiffeur

De Thomas Condemine (à la mise en scène) et Elie Triffault (interprète).
Dans la petite salle Paradis du Lucernaire, un spectacle bâtit sur une double thématique : celle de la liberté et celle du rire. Le rire, constitutif de la nature humaine, est de tous les temps mais prend à chaque époque un style particulier reflet de la société du moment. Sur scène une toile de fond représentant un paysage alpestre, une fenêtre à mi-hauteur ce lui-ci, une table des chaises. Le comédien, Allan, dès le début de la pièce nous sidère par ses talents qui lui permettent d’être successivement une dizaine de personnages, avec pour chacun une voix différente dans le registre qui convient et toujours inattendu. Il raconte avoir quitté son salon de coiffure dix ans auparavant pour devenir acteur et jouer ce rôle de Figaro aux innombrables facettes. Dépassant le Figaro de Beaumarchais, il campe un personnage plus près de notre époque. S’établit ainsi un dialogue entre le passé et le présent dans un seul-en-scène ou les questions majeures du jour sont abordées dans le fou-rire. Le comédien fait mine de ne pas savoir, hurle parfois, se met à rire, adopte des accents étrangers pour des imitations aux intonations toutes différentes nous donnant la réelle impression d’avoir affaire à plusieurs personnages. Au cours de son jeu de scène le comédien soulève le décor pour se glisser derrière, chose qui ne se fait en principe jamais au théâtre. Mais ici il prend cette liberté pour nous décontenancer en permanence. Une pièce dont le sujet plutôt philosophique n’a pas empêché un spectateur d’une douzaine d’année assis au premier rang, de se laisser rapidement captiver puis de s’esclaffer et rire jusqu’à la fin. Nous avons tous énormément ri comme et avec lui. Allez-y vite !

Théâtre du Lucernaire, 53 rue Notre-Dame des Champs, Paris 6ème. Du mardi au samedi à 19h, jusqu’au 14 janvier 2017. Réservations : 01 45 44 57 34.

04 décembre 2016

Barbara... j'ai peur mais j'avance, de Véronique Daniel

Mise en scène d’Alain Bonneval.
Un décor d’une intelligence rare quoique minimaliste, des musiques de fond et d’accompagnement, des lumières très particulières variant du très fort au très faible. Sur scène une table et une chaise tout le temps déplacées sur un tapis de forme trapèze faisant office de zone magique. Derrière sous forme de tenture un clavier de piano vertical.
La comédienne joue d’autant plus superbement qu’elle articule comme ne savent plus le faire les trois-quarts de ses consœurs, et chante a capella de sa voix forte qui ressemble à s’y méprendre à celle de la vraie Barbara. Elle interprète une partie du répertoire de la grande artiste, de son vrai nom Monique Serf, auteur-compositeur-interprète. On est frappé par la symbiose plus que parfaite entre les deux femmes. Dans ses chansons, Barbara nous révèle ses blessures de jeunesse d’une fille dont le père a abusé. Dès l’âge de dix ans et demi, sa vie bascule dans l’horreur. Cela est à l’origine de plusieurs de ses chansons, dont sûrement la plus connue est l’Aigle noir. Véronique Daniel habite pour l’occasion une Barbara confondante de vérité à se demander si parfois ce n’est pas l’une qui est l’autre. Sa gestuelle très étudiée s’accorde parfaitement aux émotions qu’elle ressent. Le déplacement de la table et de la chaise accompagnent judicieusement les chapitres du texte.
Le public est sur un petit nuage. Il fallait bien évidemment trouver une fin à ce spectacle, et Véronique ôtant sa perruque de cheveux noirs et courts redevient elle-même pour saluer le public.
On remerciera une fois encore Jean-Luc Jeener qui milite pour un théâtre chrétien de nous donner ici un spectacle profond qui nous montre les blessures de la vie auxquelles les questions qu’elles soulèvent n’ont d’autres réponses que d’ordre transcendantal.


Théâtre du Nord-Ouest
, 13 rue du Faubourg Montmartre, Paris 9ème. Du 9 au 30 décembre, à 14h30, 19h et 20h45 selon les jours. Réservations : 01 47 70 32 75.

12 novembre 2016

Double lecture : Vingt quatre heure de la vie d'une femme et Les montres de Vérone

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, de Stefan Sweig.
Avec Jean Reynès, Denyse Roland, Emma Dos Santos, Paul de Montfort.
Sur les planches, une lecture d’une pièce de théâtre peut être tout aussi fascinante que si elle était jouée. Nous en avons eu la preuve grâce à Alain Michel dans son adaptation de cette œuvre de Stefan Sweig. Une musique classique plus que bien choisie nous plonge dans une ambiance envoûtante où les quatre comédiens de cette première partie donnent corps à tout autre chose qu’une « lecture » tellement leur talent élève le texte. La mise en espace oppose deux binômes : à jardin une dame âgée et son compagnon un peu plus jeune, à cour une jeune femme à la voix posée accompagnée d’un homme jeune et avenant. L’alternance des éclairages sur le plateau accompagnent les échanges. Dans une pension de famille au début du siècle dernier, une dame d’un âge certain s’est éprise d’un homme qui pourrait être son fils. Le temps passé en sa compagnie lui ravive toutes ses émotions d’alors. Elle s’en confie à une dame anglaise de la pension qui nous raconte l’histoire avec ce qu’elle voudrait être du charme. Cette heure d’échanges a ravi un public qui a abondamment applaudi.

Les montres de Vérone, de Marie Ordinis.
Avec Alain Michel et Colette Klein.
Deux comédiens sur scène seulement. Tout deux assis de part et d’autre d’une longue table mais jamais debout. Comme dans la première pièce le comédien et la comédienne connaissent parfaitement leur texte. Musique, effets de lumière, et luth dont joue remarquablement celui qui interprète le moine en robe de bure et pieds nus. Face à lui une nourrice en costume d’époque lui narre des souvenirs surprenants auxquels le moine réagit en finissant par lui révéler qu’il est le vrai père de Juliette, l’impossible promise du Roméo de Shakespeare. Le public a suivi d’autant mieux que le texte est d’une grande poésie


Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, Paris 9ème.