02 juin 2011

Eves

de Chloé Ponce Voiron
Mise en scène Chloé Ponce Voiron et Cécile Arthus
Avec Anaïs Harte, Barbara Lamballais, Lauréline Lejeune, Chloé Ponce Voiron, Pamela Ravassard, Karina Testa ; lumières Denis Koransky.
L’auteur- adaptatrice-comédienne est sur scène avec cinq délicieuses camarades toutes vêtues de débardeurs et pantalons blancs. Après une référence au personnage biblique qui s’est fait chasser avec son homme du paradis terrestre (où on se dit, espérant n’être pas sacrilège, qu’ils se seraient peut-être ennuyés et jamais remis en question, c’est à dire ‘responsabilisés’… donc merci un certain reptile et un premier péché!) le spectacle démarre. La femme ou la féminité, qu’est-ce au fait ? Beaucoup plus que ce qu’une tentation d’énumération hâtive, forcément maladroite et incomplète ou une définition péremptoire nous feraient déclarer. Qu’à cela ne tienne, cette demi-douzaine de comédiennes va tout raconter, grâce à des illustrations lestes, toniques, détonantes, graves ou bouleversantes. Vingt séquences que Chloé Ponce Voiron qualifie de simple patchwork, ce dont on lui sait gré, et qui ont le mérite d’être immédiatement accessibles sans pourtant qu’on pense café-théâtre.
«L’important c’est de connaître son corps ». Faites-leur confiance : la visite sera guidée, avec mots crus, jeux de scènes et gestes truculents mais jamais de mauvais goût ni vulgaires. Ayant troquée leurs tenues blanches contre d’autres plus colorées, elles dansent, se gargarisent de borborygmes, cavalcadent sur scène, et chantent fort joliment. Le rideau, brillant fond de décor, change de couleur sous les lumières qui explosent. Mais le propos reste le même : et la vraie dignité dans tout cela ? Et le viol, et l’excision, et le port obligé de tenues réduisant la femme à un fantôme dans des buts ambigus … Quelques scène sont très cocasses, particulièrement celle où deux femmes ‘libérées’ cigarette au bec, l’une à jardin et l’autre à cour, disent pis que pendre l’une de l’autre, pour se tomber dans les bras quand leurs regards finissent par se croiser. Table gynécologique avec femme en couches et la sage-femme (qui, à son époque-à-elle, n’a pas eu droit à la péridurale) ricane : « vous avez mal ? c’est normal ! ». Retour à la case départ «Tu enfanteras dans la douleur».
Eve et ses soeurs selon Chloé sont de sales gosses désobéissantes- quoique métaphysiques- mais leur spectacle réjouissant déborde de convivialité.
Théâtre Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h, jusqu’au 2 juillet.
Réservations 08 92 70 12 28