08 juin 2011

La cuisine d’Elvis

de Lee Hall
Mise en scène par Régis Mardon, avec Nathalie Mann, Anne Puisais, Pascal Aubert, Benoît Thevenoz.
Donnée récemment aux théâtres des Déchargeurs et du Lucernaire, la pièce programmée au festival-Off à l’Essaïon-Avignon du 8 au 31 juillet prochains rebondit d’abord à l’Essaïon de Paris. Crue, cocasse, cruelle, étourdissante, l’énergie de ses interprètes est bluffante. Surtout et paradoxalement celle du père de famille: vieux-vrai-et-faux-ex-Elvis impotent affalé dans un fauteuil roulant que sa fille relègue à droite et à gauche pendant les deux tiers des treize épisodes ; il se réveille, vous confie face public des choses pseudo-philosophiques inintéressantes, du genre interviews de stars à l’auto-satisfaction comparable à celles de sportifs à l’issue d’un match. L’ambiance est bien celle d’un match : la mère (Mam) qui brandit ses quarante ans rutilants est professeur ; ce n’est pas un bon point pour nous car elle se console d’un choix qui n’en est peut-être pas un vrai, verre à la main en permanence. Face à elle sa fille (Jill), non-encore initiée aux choses de la chair se cherche, grignote beaucoup, fricote des plats réconfortants pour son père (Dad) et remet forcément d’abord en question sa mère. Débarque chez Papa-Maman-et-Fifille un « superviseur de gâteaux », au sex-appeal irrésistible d’un authentique Elvis et qui joue diaboliquement bien de son harmonica. Mère et fille basculent, au propre et au figuré. Frustrations, règlements de comptes, on s’empoigne. Lumières drues, déplacements rapides, noirs brusques, disparitions en coulisses et réapparitions de tous. On enchaîne : donc scènes 10, 11 et cette 12 ; la quasi dernière selon Jill, commentatrice de cette mini-saga, dont on sort joyeusement épuisé, c’est à dire heureux. Nathalie Mann est une Mam sexy et spectaculaire qui tient tout à bout de bras. Anne Puisais est sa fille-Jill , mal fagotée, juchée sur des talons démentiels ; rebelle, elle disjoncte parfaitement et en permanence. Benoît Thévenoz est un Elvis junior sexy à vous faire chavirer, mâle avidement sollicité par ces dames en manque, et qui ne sait où donner de la… tête. Pascal Aubert est le Dad qui émerge aux mauvais moments mais sans qui cette famille plutôt à l’envers n’existerait certainement pas.
A l’Essaïon-Avignon, 2 bis place des Carmes, du 8 au 30 juillet.