10 juin 2011

La femme silencieuse

Stefan Zweig en exil à Londres en…1934
De Monique Esther Rotenberg , mise en scène de Pascal Elso, avec Pierre-Arnaud Juin, Corinne Jaber et Olga Algazi.
L’auteur justifie le choix de son titre en nous confiant que cette femme est d’abord Lotte, la secrétaire - très stylée et n’intervenant que quand son patron l’y oblige - d’un Zweig en exil volontaire à Londres ; mais aussi Friderike, l’épouse de ce dernier qui ouvre la bouche plus pour distraire l’écrivain que pour commenter l’écroulement proche d’un certain monde, voyez nazisme. Stefan Zweig, lui aussi, se vouera au silence, se suicidant au Brésil un de ses continents de rechange. Mais en 1934, il travaille à une biographie de Marie Stuart et le livret qu’il a confié à Richard Strauss est en passe de devenir un opéra comique : « Die Schweigsame Frau ». Créé en Allemagne en 1935 et vu par des dignitaires nazis il est interdit après trois représentations : origines ethniques des auteurs obligeant.
Zweig séduit grâce à ses déclarations à plusieurs tranchants, à ses formules : « aussitôt écrite, une phrase ne nous appartient plus », « dans un couple, le mensonge, il n’y a que ça de vrai », « le paradoxe de l‘amour, c’est de pouvoir se libérer de l’autre en se contraignant à vivre avec », « une qualité totalement étrangère à l’amour c’est l’intelligence ». Notez que cet « aristocrate juif au cœur de l’Europe » comme le définit Monique Esther Rotenberg n’est pas un dandy à la manière d’Oscar Wilde; pourtant il en a l’élégance, le sens de la formule plus paranoïa, lucidité et désespoir. Sur scène dans un décor réaliste riche et raffiné, Stefan dicte ses textes à Lotte dont la machine à écrire crépite en permanence avec des jolis ‘ding’quand ça va à la ligne. Zweig monologue, elle lui répond de façon pertinente, donc séduisante. A l’épisode suivant, l’épouse débarque : c’était elle qui avait choisi Lotte pour être la secrétaire de Stefan. Ils seront trois jusqu’à la fin, épisodiquement, alternativement. Lotte et Stefan, après s’être dit ‘vous’ se disent ‘tu’ ; ils se tombent dans les bras, se font surprendre par Friderike et puis… Lotte s’adressant à Zweig : « Tu me dictes ? » et Zweig : « Non, je te parle ». Dites à tous ceux qui aiment le vrai-bon théâtre d aller admirer et aimer des comédiens denses dans une pièce intense.
Théâtre du Petit Hébertot, jusqu’au 10 juillet, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 15 heures. Réservations : 01 42 93 13 04.