16 juin 2011

Le Malentendu

d’Albert Camus
Mise en scène Frank Delage et Anne Barthel
« Mâle attendu » ou même « entendu », il ne le sera surtout pas: après vingt années d’absence au cours desquelles il s’est marié, Jan, quadragénaire, a décidé d’aller retrouver sa mère et sa sœur Martha dans la modeste auberge qu’elles tiennent en Bohême, mais sans les prévenir ou se faire reconnaître d’elles dans un premier temps. Il sera un simple hôte. Mais les tenancières le droguent puis l’éliminent comme elles ont fait de tous leurs autres clients.
Elles lui font ensuite les poches pour récupérer un argent destiné à leur permettre de fuir vers des contrées chaudes et idylliques. Mère et fille ont ensuite la visite de Maria, désormais veuve de Jan, à qui elles racontent comment elles se sont débarrassées de lui, et puis chacune des deux se suicide. Entre-temps elles ont philosophé un maximum : l’existence, la nécessité de la révolte, la violence, la mort, etc. Cette pièce, décrétée comédie dramatique par son auteur, mais qu’il pensait comparable à une tragédie à l’antique, lui avait été inspirée dans les années 1940 par un fait divers qui l’avait extrêmement perturbé. Depuis, elle a été jouée par des comédiens remarquables: Maria Casarès entre autres. Aussi ambitieuse que déconcertante, parfois même bavarde, voyez mélo et pathos, elle serait difficilement supportable aujourd’hui si la distribution et la mise en scène que nous propose le Théâtre du Nord-Ouest n’étaient pas de tout premier ordre. Dans un décor pour huis-clos, avec des lumières simples mais fignolées, cinq comédiens intenses troublent par leur jeu, leur présence et leur voix. Marie-Véronique Raban compose étonnamment une mère excédée et à la démarche de vieille femme voûtée. Sa fille Martha est Anne Barthel, voix rauque qui prend aux tripes; elle hurle ses désespoirs tandis que Bertrand Monbaylet, victime expiatoire (mais de quoi, et de qui?) touche en jouant un personnage mince puisque plutôt normal. Emilie Duchênoy est sa femme, belle et touchante en amoureuse foudroyée. Mais le personnage-pivot de la pièce Gérard Cheylus est le serviteur stylé, muet, aussi énigmatique qu’omniprésent et qui n’a qu’une réplique: la vraie, la seule, la bonne, à la toute fin.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de la saison Sartre, Camus, De Gaulle et la politique. Jusqu’au 31 Décembre 2011. Dates et réservations : 01 47 70 32 75